Bausch + Lomb Corporation a publié les conclusions très attendues de son enquête multinationale NESTS (Needs Unmet in Dry Eye: Symptoms, Treatment and Severity). En croisant l’expérience vécue des patients, leurs parcours de soins et leurs interactions avec les professionnels de la vue, cette étude d’envergure révèle que les symptômes autodéclarés de sécheresse oculaire surpassent largement le nombre de diagnostics cliniques officiels, exposant un déficit majeur de dépistage précoce.
Une méthodologie en deux phases auprès de plus de 5 100 participants
Pour mesurer avec précision la réalité épidémiologique et fonctionnelle de la maladie de la surface oculaire, le protocole NESTS a été scindé en deux volets complémentaires. La première phase a sondé une cohorte représentative de la population générale comprenant 2 580 répondants, tandis que la seconde phase a analysé en profondeur 2 572 sujets appariés selon l’âge, le genre et la géographie (Royaume-Uni, France, Allemagne, Pologne et Arabie saoudite) présentant des symptômes déclarés.
Les résultats mettent en évidence une banalisation alarmante de la pathologie : de nombreux porteurs attribuent leurs brûlures, picotements ou fluctuations visuelles à de simples facteurs environnementaux ou à la fatigue numérique, repoussant ainsi de plusieurs mois, voire de plusieurs années, une évaluation clinique structurée.
« Les symptômes de sécheresse oculaire sont fréquemment imputés à tort à des facteurs comportementaux ou climatiques, ce qui entretient la confusion et retarde la consultation. Or, nos données montrent un retentissement quotidien majeur sur le travail sur écran, la lecture et la conduite. »
Répercussions fonctionnelles et angles morts du parcours patient
L’analyse dirigée par le Dr Piotr A. Wozniak, chirurgien réfractif et spécialiste de la sécheresse oculaire à la clinique Wzroq de Varsovie, souligne trois constats majeurs pour la pratique optométrique :
- Une dégradation de la productivité quotidienne : Une proportion élevée de répondants éprouve des symptômes tous les jours, perturbant directement l’endurance devant les écrans numériques, la vitesse de lecture et la sécurité lors de la conduite nocturne.
- Le piège de l’automédication empirique : Faute de diagnostic formel, une majorité de patients tente de soulager son inconfort par des solutions en vente libre inadaptées à l’étiologie réelle (déficience aqueuse ou dysfonctionnement meibomien).
- Un besoin urgent de dépistage proactif : L’écart entre la souffrance ressentie et le taux de diagnostic médical appelle à systématiser les questionnaires standardisés lors de chaque examen de routine.

L’étude NESTS démontre qu’une majorité de patients souffrant d’inconfort oculaire chronique retardent leur consultation et tentent de gérer leurs symptômes sans avis médical.
Une opportunité clinique stratégique pour les cabinets d’optométrie
Pour les optométristes et opticiens canadiens, les enseignements de l’étude NESTS résonnent avec une acuité particulière, d’autant que le climat nordique et le chauffage intérieur prolongé exacerbent l’instabilité du film lacrymal durant une grande partie de l’année.
En intégrant un interrogatoire ciblé sur le confort visuel et une imagerie meibomienne dès le pré-test, les cliniciens peuvent transformer une plainte silencieuse en un plan de traitement personnalisé, améliorant simultanément la fidélisation des patients et les taux de réussite en contactologie ou en chirurgie réfractive.
Points Clés
- L’étude multinationale NESTS de Bausch + Lomb (plus de 5 150 participants sur deux phases) confirme un sous-diagnostic massif de la sécheresse oculaire.
- Les symptômes quotidiens pénalisent lourdement la productivité sur écran, la lecture prolongée et la conduite automobile.
- L’éducation proactive en clinique est essentielle pour freiner l’automédication inefficace et instaurer une prise en charge ciblée.